Milord
Fiche technique
- Sortie
- novembre 1959
- Référence
- COLUMBIA - ESRF 1245
- Paroles et musique
- Georges Moustaki et Marguerite Monnot
- Enregistrement
- au printemps 1959 à New York, aux États-Unis
- Chant
- Édith Piaf
- Orchestre
- Robert Chauvigny
- Pochette
- Roger Anney
L’histoire de Milord débute en 1958, lorsque le guitariste Henri Crolla, proche de Django Reinhardt, présente à Édith Piaf un jeune auteur-compositeur-interprète d’origine grecque de vingt-quatre ans, Georges Moustaki, qui se fait alors appeler Jo.
L’intronisation a lieu au rez-de-chaussée du 67, boulevard Lannes à Paris, l’appartement de la chanteuse qui ne tarde pas à tomber sous le charme du jeune artiste.
Au printemps de la même année, lors d’un dîner au restaurant, Édith Piaf lance un défi à son protégé : écrire une chanson mélancolique qui évoquerait un morne dimanche à Londres.
Inspiré, Georges Moustaki griffonne à la hâte quelques vers sur un bout de papier : « C’était un dimanche à Londres, il faisait froid dehors, souvenez-vous Milord ».
D’un coup d’œil, Piaf repère le potentiel du mot, entoure le terme « Milord » et recadre l’écriture : « Oublie l’histoire des amants et travaille autour de ça ».
Durant l’été 1958, c’est dans le cadre feutré d’une chambre de l’hôtel Majestic à Cannes que Moustaki peaufine ce premier jet.
Il tape ses rimes sur une machine à écrire qu’Édith Piaf elle-même lui a offerte.
En franchissant le seuil de sa chambre, le compositeur tombe nez à nez avec la star, assise sur une chaise juste devant sa porte, qui guettait ses progrès : « Et la chanson Milord, elle est terminée ? ».
Immédiatement emballée par le texte dont elle peaufine à peine quelques mots, elle se tourne vers sa complice de toujours, la compositrice Marguerite Monnot, pour habiller les paroles de notes.
Deux propositions musicales voient le jour : une lente et une autre aux accents de charleston.
C’est finalement le tempo lent, habilement contrasté par une orchestration aux accents populaires menée par l’accordéon, que retient Georges Moustaki.
En novembre 1959, lorsque Édith Piaf présente ce titre sur la scène de l’Olympia, le public retient son souffle face à cette composition poignante.
Peu après l’achèvement de ce morceau, la relation amoureuse entre la chanteuse et Moustaki se brise net.
Folle de rage, Édith Piaf jure qu’elle ne chantera plus jamais Milord, avant de céder finalement aux arguments persuasifs de son impresario.
Édith Piaf profite de cette période de négociation pour faire monter les enchères auprès des maisons de disques, et ce sont finalement les éditions Salabert qui emportent la mise pour la coquette somme de 1 200 000 Francs.
C’est au printemps 1959, lors d’un voyage transatlantique, qu’Édith Piaf enregistre définitivement Milord à New York.
Le succès est immédiat et colossal, devenant tout simplement le plus grand triomphe international de sa carrière discographique, au point de se classer dans les hit-parades de onze pays différents.
Milord s’immisce même dans les plus hautes sphères du pouvoir : peu de temps après sa sortie, le général de Gaulle en personne entonne le refrain en plein Conseil des ministres, l’utilisant avec humour pour désamorcer l’inquiétude d’un ministre redoutant la colère des Britanniques face à une mesure gouvernementale.
L’aura de ce tube intemporel dépasse rapidement les frontières hexagonales et la voix de sa créatrice.
Dès 1960, Dalida s’empare à son tour de Milord, livrant des adaptations remarquées en italien et en allemand, prouvant ainsi la dimension universelle de cette fresque populaire écrite sur un coin de table.




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