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ELVIS PRESLEY

Don’t be cruel

Le disque

Fiche technique

Sortie
13 juillet 1956
Référence
RCA VICTOR ‎– 47-6604
Paroles et musique
Otis Blackwell et Elvis Presley
Enregistrement
le 2 juillet 1956 aux Studios RCA de New-York, aux États-Unis
Chant et guitare
Elvis Presley
Guitare
Scotty Moore (il est aussi ingénieur du son et a sorti en 1964 un album solo instrumental intitulé The Guitar That Changed The World)
Contrebasse
Bill Black
Batterie
D.J. Fontana
Chœurs
The Jordanaires composés de Bill Matthews, Hoyt Hawkins et Monty Matthews. Il furent les choristes d'Elvis Presley de 1956 à 1972.
Les coulisses de : Don’t be cruel

Nous sommes précisément le 2 juillet 1956. Dans l’effervescence des Studios RCA de New York, Elvis Presley s’apprête à marquer l’histoire du rock ‘n’ roll en mettant en boîte Hound Dog.

Pourtant quelques heures auparavant, de retour d’une courte pause déjeuner, le King est gagné par l’anxiété et une tension palpable : il lui manque cruellement un titre pour occuper la face B de ce futur 45 tours à fort enjeu. Ne perdant pas une seconde, Elvis feuillette en urgence le catalogue de la maison d’édition Shalimar Music qu’on vient de lui glisser entre les mains.

Son regard s’arrête net sur un nom qui l’intrigue et le séduit immédiatement : Don’t be cruel, qu’on peut traduire par « ne sois pas cruel ». Pour se faire une idée précise de la marchandise, il écoute la maquette enregistrée sur cassette par l’auteur du morceau, un jeune inconnu nommé Otis Blackwell.

Né à Brooklyn en 1931 et mort en 2002, cet artiste afro-américain a écrit cette chanson fin décembre 1955. Alors qu’il vivait quasiment dans la rue à New York, il a cédé sa composition à Shalimar Music pour une bouchée de pain — à peine 25 dollars — tout en acceptant de partager ses redevances d’édition, un compromis classique à l’époque pour espérer percer.

Otis Blackwell

Dans un souci d’efficacité redoutable, Otis Blackwell avait même dû céder une partie de ses droits d’auteur pour sceller l’accord et s’assurer qu’un grand nom s’empare de son œuvre. Face à la maquette, tout n’est pourtant pas gagné : pour être tout à fait honnête, Elvis Presley n’aime pas certains passages.

Démo interprétée par Otis Blackwell

Mais le temps presse et les heures de studio comptent double. S’asseyant dans un recoin de la pièce, le chanteur retrousse ses manches et modifie rapidement quelques paroles pour les adapter à sa patte.

Les musiciens, quant à eux, disposent à peine de vingt minutes pour apprivoiser la grille d’accords, les notes et la mélodie. Une fois positionné devant le micro, le King ne ménage pas ses efforts.

Vingt-huit prises successives seront nécessaires avant qu’il n’exprime sa satisfaction totale, même si l’histoire retiendra que c’est parmi les ultimes tentatives que s’est jouée la magie définitive.

L’investissement porte ses fruits au-delà de toutes espérances : le 18 août 1956, Don’t be cruel s’empare de la première place des ventes aux États-Unis pour y trôner durant onze semaines consécutives.

Le succès est tel qu’il éclipse la face A du disque : Hound Dog doit se contenter de la deuxième position des classements américains.

Ce 45 tours s’impose finalement comme le single le plus vendu de toute la carrière d’Elvis Presley, franchissant le cap impressionnant de quatre millions d’exemplaires écoulés avant la fin de l’année 1956.

Elvis Presley en enregistrement

L’aura de cette chanson dépasse rapidement le cadre des charts pour entrer dans la légende.

Le 4 décembre 1956, aux studios Sun Records de Memphis, Elvis Presley interprète Don’t Be Cruel aux côtés de Carl Perkins, Jerry Lee Lewis et Johnny Cash, immortalisant ce moment de grâce connu sous le nom de « The Million Dollar Session ».

En 2003, le magazine Rolling Stone classe officiellement le titre à la 197e place des plus grandes chansons de tous les temps.

Témoignage ultime de l’impact de ce morceau au sein même du clan Presley, les musiciens d’Elvis — Scotty Moore, Bill Black et les Jordanaires — ont chacun tenu à livrer leur propre relecture personnelle de la chanson entre 1960 et 1964.

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