Comme d’habitude
Fiche technique
- Sortie
- novembre 1967
- Référence
- DISQUES FLÈCHE - 424.550 BE
- Paroles et musique
- Claude François, Jacques Revaux et Gilles Thibault
- Enregistrement
- dans la nuit du 17 septembre 1967 au Studio de la Gaité à Paris
- Chant
- Claude François
- Orchestre
- David Whitaker
- Photographe
- Jean-Marie Perrier
Tout commence en février 1967 à l’hôtel Canada de Megève, station phare des Alpes. Le compositeur Jacques Revaux, pris de court, réalise qu’il a totalement oublié d’écrire quatre morceaux commandés par le producteur Norbert Saada.
En une seule matinée, il relève le défi et boucle les quatre titres manquants. L’un d’eux, baptisé For Me, s’accompagne alors de paroles en anglais, une maquette que Claude François dépose rapidement à la SACEM.
Pourtant, le parcours de ce morceau s’annonce chaotique. Jacques Revaux le propose en vain à plusieurs grands noms de l’époque qui le rejetteront : Michel Sardou, Mireille Mathieu, Dalida, Sacha Distel, Hugues Aufray, et même Claude François à deux reprises.
Seul Hervé Vilard accepte d’endosser cette chanson, mais uniquement pour l’affecter à la face B de son prochain 45 tours. Ne l’entendant pas ainsi, Jacques Revaux s’entête et souhaite ardemment que Cloclo interprète sa mélodie.
Le 27 août 1967, il débarque chez Claude François, au Moulin de Dannemois dans l’Essonne, bien décidé à lui faire entendre une nouvelle version. Au bord de la piscine, les deux hommes retravaillent les paroles, épaulés par le parolier Gilles Thibaut.

Claude François y ajoute le thème de la vie quotidienne, puisant directement l’inspiration dans sa rupture récente avec France Gall. Il suggère également d’introduire un ingénieux refrain-pont — marqué par un changement de tempo et une instrumentation plus ample — idéal pour propulser ses effets de voix caractéristiques.
C’est ainsi que naît Comme d’habitude, dont les arrangements orchestraux sophistiqués sont confiés au Britannique David Whitaker. Entre-temps, Jacques Revaux persuade Hervé Vilard de renoncer au titre, ce que ce dernier accepte.
De son côté, Claude François, alors en fin de contrat avec sa maison de disques Philips, saisit l’opportunité pour s’émanciper et fonder son propre label : Disques Flèche.
Comme d’habitude est officiellement déposée à la SACEM le 19 novembre 1967 et devient le tout premier titre du chanteur à paraître sous son propre label.

À sa sortie, ce 45 tours s’arrache à plus de 200 000 exemplaires et s’installe, le 3 février 1968, à la première place du hit-parade d’Europe 1 pour une durée d’une semaine.
Quant à la pochette signée Jean-Marie Perrier, elle immortalise l’artiste dans une esthétique épurée, soulignant cette nouvelle indépendance.
Plus tard, à la suite d’un pari amical avec Claude François, Michel Sardou la reprendra à son tour sur son album La java de Broadway.
La trajectoire du morceau prend une tournure mondiale fin 1967.
Alors passager d’un taxi à Paris, le chanteur canadien Paul Anka entend Comme d’habitude à la radio et en achète immédiatement les droits pour les États-Unis.
Rebaptisée My Way, la chanson est proposée à Frank Sinatra et devient un triomphe planétaire dès mars 1969.
L’histoire aurait pu être différente : en 1968, un tout jeune David Bowie est sollicité pour rédiger les paroles de l’adaptation anglaise initiale.
Son travail donne naissance à un morceau intitulé Even a Fools Learn to Love.
Jugeant son propre texte insuffisant, David Bowie ne l’exploitera pas, mais réutilisera une partie de la mélodie pour composer l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre, Life on Mars?.
Une anecdote amusante veut qu’il n’ait été payé que 200 francs pour cette traduction avortée.
L’adaptation américaine connaîtra par la suite de nombreuses lectures prestigieuses, dont celle enregistrée par Elvis Presley peu de temps avant sa disparition.
Infatigable travailleur, Claude François décline lui aussi son tube : en 1969, il enregistre Comme d’habitude en italien sous le titre Come Sempre, puis propose une nouvelle version en anglais en 1977.
La chanson traverse les frontières et les décennies, s’offrant même une adaptation allemande signée Charly Niessen, intitulée So Leb’ Dein Leben.
Consécration ultime selon un rapport de la SACEM publié en 2012 : Comme d’habitude demeure la chanson française la plus exportée à travers le monde, affichant au compteur 1 327 reprises interprétées par 570 artistes dans plus de dix langues, pour un chiffre d’affaires vertigineux d’un million d’euros par an.





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