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BARBARA

Nantes

Le disque

Fiche technique

Sortie
novembre 1963
Référence
CBS - XCBS 1691
Paroles et musique
Barbara
Enregistrement
en 1963
Chant
Barbara
Arrangements
François Rabbath
Photographe
Jean-Pierre Leloir
Les coulisses de : Nantes

C’est un adieu déchirant de la chanson française. Pourtant, pour comprendre la genèse de Nantes, composée en 1963, il faut remonter quelques années en arrière, très exactement au 21 décembre 1959. Ce jour-là, Barbara, âgée de 19 ans, se trouve chez sa mère, Esther.

Un coup de fil vient bouleverser sa vie : on lui apprend le décès de son père, Jacques Serf, à l’hôpital Saint-Jacques de Nantes. L’homme avait déserté le foyer familial dix ans plus auparavant, disparaissant sans laisser la moindre trace pour son épouse et ses quatre enfants.

Parti s’abîmer dans l’alcool, rongé par la honte et le poids des regrets — notamment après la relation incestueuse qu’il avait fait subir à sa fille alors âgée de dix ans et demi, un traumatisme fondateur qu’elle évoquera plus tard dans L’aigle noir —, il vivait également hanté par des dettes de jeu considérables accumulées au poker. Faute de moyens financiers, le père de Barbara est inhumé dans la plus stricte simplicité, dans la fosse commune du cimetière Miséricorde de Nantes.

Dès le lendemain de ces obsèques douloureuses, la jeune artiste amorce l’écriture de ce qui restera comme son chef-d’œuvre. Un accouchement artistique dans la douleur : elle mettra quatre ans à achever le texte, y apportant de multiples modifications avant de le chanter enfin, quelques heures seulement avant de monter sur la scène du théâtre des Capucines à Paris, le 5 novembre 1963.

Des décennies plus tard, dans ses mémoires inachevés intitulés Il était un piano noir et publiés en 1998, Barbara jettera ces mots poignants adressés directement à son père disparu : « Un soir, à Tarbes, mon univers bascule dans l’horreur. J’ai 10 ans et demi.

J’oublie tout le mal qu’il m’a fait, et mon plus grand désespoir sera de ne pas avoir pu dire à ce père que j’ai tant détesté : Je te pardonne, tu peux dormir tranquille. Je m’en suis sortie, puisque je chante. » Cette version définitive sera magnifiée par un arrangement musical signé Hubert Giraud.

L’histoire de ce titre cache enfin un singulier clin d’œil géographique et mémoriel. En effet, la fameuse rue de la Grange-au-Loup, immortalisée par par les paroles de Barbara n’existait tout bonnement pas à l’époque des faits.

La municipalité finira par réparer cette fiction poétique en créant et inaugurant cette voie, située près du stade de la Beaujoire, le 22 mars 1986. Une inauguration officielle qui s’est déroulée en présence de la chanteuse elle-même, accompagnée pour l’occasion par Gérard Depardieu.

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