Chacun fait (C’qui lui plait)
Fiche technique
- Sortie
- novembre 1981
- Référence
- BARCLAY - 100.181
- Enregistrement
- au Studio Davout à Paris
- Chant
- Grégory Ken et Valli
- Arrangements et réalisation
- Yves Martin
- Ingénieur du son
- Dominique Blanc-Francard
- Producteurs
- Gérard Presgurvic et Philippe Bourgoin
- Photographe
- Darius Khondji
- Illustrations
- Denis Hoch
C’est au milieu des années 70 que Philippe Bourgoin imagine les paroles de ce qui va devenir le premier rap français. Il faut pourtant attendre 1977 pour qu’une première mouture voit le jour, sous la houlette de Gérard Presgurvic, qui signe les arrangements et pose même sa voix sur la maquette initiale. Le résultat s’avère toutefois peu convaincant. Une seconde tentative est enregistrée en 1980, mais Philippe Bourgoin demeure insatisfait. De surcroît, Gérard Presgurvic se trouve lié par un contrat d’exclusivité ailleurs : l’équipe doit impérativement se mettre en quête d’un autre interprète.
Le déclic survient au printemps 1981. En écoutant la radio, Philippe Bourgoin découvre le nouveau single des Clash, The Magnificent Seven, dont les paroles s’ouvrent sur les mots (Ring ring, 7 A.M.). Cette entrée en matière apporte l’idée de la célèbre formule d’ouverture : (Cinq heures du mat’ j’ai des frissons). Avant cela, Philippe Bourgoin a un temps songé au duo formé par Alain Delon et Mireille Darc pour jouer et interpréter cette chanson, puis il a été tenté d’assurer lui-même le chant, avant de jeter finalement son dévolu sur Grégory Ken. Quelques jours plus tôt, il était tombé par hasard sur la voix de ce dernier en écoutant son répondeur téléphonique. Porté par des arrangements et une réalisation signés Yves Martin, le projet commence enfin à prendre corps.

Née le 26 décembre 1958 à New Haven, dans le Connecticut, Valli Timbert grandit à New York durant les années 1970 et y mène des études de cinéma. C’est là, trois ans plus tard, qu’elle rencontre le jeune cinéaste Philippe Bourgoin, qui veut tourner un film au Chelsea Hotel. Valli doit être monteuse sur ce court-métrage racontant l’histoire d’un type qui ne peut pas dormir, qui ramène une prostituée dans sa chambre mais qui ne peut pas jouir… Une histoire inspirée par une chanson que son pote Gérard Presgurvic a chantée, sans succès, au milieu des années 1970. Le projet est finalement abandonné, et Bourgoin, qui vient d’épouser Valli, retourne à Paris. Lorsque celle-ci le rejoint en France en mai 1981, tout juste deux jours après l’élection du président François Mitterrand, le projet revient sur les tables. Mais cette fois-ci, ce sera un rap, façon The Magnificent Seven des Clash, avec Jean-Pierre Trochu, alias Grégory Ken.
Tout le monde entre en studio début juin au Studio Davout à Paris. Si l’alchimie ne semble d’abord pas totale, Valli, habituée à écouter du rap aux États-Unis, accompagne d’abord l’équipe car son mari a besoin de son avis. Philippe Bourgoin a alors l’idée de demander à sa jeune épouse de poser sa voix sur un couplet. Valli maîtrise encore mal la langue de Molière et, en France depuis seulement six semaines, ne comprend rien à ce qu’elle chante. Qu’importe : elle donne la réplique au chanteur dans un couplet spécialement taillé pour elle, apportant cette touche d’exotisme et de détachement propre à ce tube, et tout le monde dans le studio est unanime pour dire qu’ils tiennent quelque chose de bien. Philippe Bourgoin tient enfin la version définitive de Chacun fait (c’est qui lui plaît).
Dès sa parution, ce 45 tours devient un énorme succès en août 1981, lorsque la chanson déferle sur les ondes des radios libres, notamment favorisé par un beau clip en noir et blanc. Les ventes de disques s’enflamment, il grimpe à toute allure en tête des hit-parades et s’écoule à plus de 3 000 000 d’exemplaires en France, s’inscrivant durablement comme le tube incontournable de l’année 1982. Chacun fait (c’est qui lui plaît) trouve logiquement sa place sur l’album Chagrin d’amour, publié la même année. Devant l’ampleur du phénomène, cette chanson est rapidement adaptée dans plusieurs langues, s’exportant avec succès en allemand, en flamand, en italien et en espagnol.

L’aventure Chagrin d’amour passée, Valli poursuit sa carrière musicale en solo avec des titres comme The More I See You en 1986 ou Place de la Madeleine en 1987, avant de bifurquer vers les médias. Elle devient ainsi une animatrice à la télévision et à la radio, officiant tour à tour sur Canal+, MCM, M6, ARTE, Europe 2 et France Inter.
Grégory Ken, de son vrai nom Jean-Pierre Trochu Giraudon, naît le 12 mars 1947 et s’éteint le 26 avril 1996 à Paris. Musicien aguerri, il débute sa carrière comme guitariste pour différents artistes comme Annie Cordy, France Gall ou Jacques Dutronc. Très attiré par la scène, il s’illustre dans les années 70 au casting de plusieurs comédies musicales d’envergure, jouant dans Hair en 1971, Jesus Christ Superstar en 1973 et Mayflower en 1975. En avril 1979, la consécration scénique arrive lorsqu’il incarne le personnage de Ziggy dans la toute première production de l’opéra-rock Starmania. Après l’apogée Chagrin d’amour, il prêtera sa voix unique à de nombreuses campagnes publicitaires et des jingles, notamment pour la chaîne cryptée Canal+.




À découvrir aussi
Quelques autres histoires de chansons à parcourir.






