Le déserteur
Fiche technique
- Sortie
- avril 1955
- Référence
- PHILIPS – 432.032 NE
- Paroles et musique
- Boris Vian et Jimmy Walter
- Enregistrement
- en avril 1955
- Chant
- Boris Vian
- Orchestre
- Jimmy Walter
- Photographe
- Michel Col
C’est un soir du mois de février 1954, dans l’effervescence de l’appartement parisien de Boris Vian situé au 6 bis, Cité Véron dans le 18e arrondissement, que prend vie l’une des chansons contestataires les plus puissantes de l’histoire de la musique française.
Au terme d’une soirée un peu arrosée, Boris Vian et son ami le pianiste américain Harold B.
Berg couchent sur le papier ce qui ressemble d’abord à une lettre ouverte adressée au président de la République d’alors, René Coty.
En à peine vingt-quatre heures, Le déserteur est achevé, conçu à l’origine comme un poème avant de trouver sa respiration mélodique.
La France émerge tout juste des traumatismes de la guerre d’Indochine lorsque ce titre sort en avril 1955.
Face au propos pacifiste radical de l’œuvre, l’État réagit promptement en interdisant sa diffusion à la radio.
Un veto implacable qui sera maintenu jusqu’en 1962, au lendemain de la guerre d’Algérie, soit bien après la disparition tragique de Boris Vian, emporté par une crise cardiaque le 23 juin 1959 à l’âge de 39 ans.
Dès le 14 mai 1954, à la demande expresse de l’auteur, c’est Mouloudji qui monte en première ligne pour interpréter Le déserteur.
Mouloudji accepte de porter ce message de paix, non sans imposer quelques nuances textuelles pour adoucir le propos : le direct « Monsieur le Président » cède sa place au collectif « Messieurs qu’on nomme grands », tandis que le franc « Ma décision est prise, je m’en vais déserter » se mue en un « Les guerres sont des bêtises, le monde en a assez ».
Il faudra attendre le 12 février 1955 pour que Boris Vian ose enfin braver la scène et interpréter lui-même le morceau en public, lors de son tour de chant au prestigieux théâtre parisien Les Trois Baudets, avant de l’immortaliser en studio en avril de la même année.
Le fantôme rebelle du Déserteur continue de hanter les décennies suivantes.
En 1983, c’est au tour de Renaud de s’emparer du flambeau en reprenant ce titre sur son album Morgane de toi.
En modifiant légèrement la mélodie et quelques mots pour ancrer ce morceau dans son époque, Renaud s’expose à son tour à quelques turbulences et ennuis, prouvant la formidable et intemporelle dangerosité de ce manifeste pacifiste.




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