I’m not in love
Fiche technique
- Sortie
- 31 mai 1975
- Référence
- Parlophone – R 5200
- Paroles et musique
- Eric Stewart et Graham Gouldman · Eric Stewart et Graham Gouldman
- Enregistrement
- IBC Studios de Londres, en Angleterre
- Piano et chœurs
- Lol Crème
- Basse, guitare et chœurs
- Graham Gouldman
Tout commence par un simple reproche conjugal. Huit ans après leur mariage, la femme d’Eric Stewart, le leader de 10CC, lui fait remarquer qu’il ne lui dit pas assez souvent qu’il l’aime.
Vexé ou inspiré, le musicien décide d’en faire une chanson, une riposte intime qu’il intitule I’m not in love. À l’origine, Eric Stewart et son complice Graham Gouldman composent le morceau sur une rythmique bossa nova langoureuse.
Mais c’était sans compter sur l’ambition créative des deux autres membres du groupe, Kevin Godley et Lol Creme, qui poussent le quatuor à explorer des sentiers beaucoup plus audacieux en faisant le pari fou d’utiliser la voix humaine comme un instrument à part entière. Le résultat donne naissance à l’une des textures sonores les plus célèbres de l’histoire du rock.
En fond sonore, le groupe fabrique une monumentale chorale artificielle de 256 voix fantômes. Concrètement, chaque membre enregistre une seule note ou un accord à la fois, couvrant treize sonorités différentes, chacune chantée par quarante-huit voix.
À l’aide de techniques de boucles magnétiques (tape loops) bricolées avec des magnétophones à bande, ces pistes sont découpées, collées et mixées pour imiter à s’y méprendre un somptueux clavier ou un orchestre symphonique. Pourtant, l’instrumentation originelle se révèle particulièrement dépouillée : on y entend seulement un piano électrique Fender Rhodes, une guitare électrique Gibson 335 et un synthétiseur Moog.
Kevin Godley, le claviériste du groupe, dit aux autres : « Laissez tomber ce morceau, c’est de la merde !« .
Pendant les trois longues semaines que dure cet enregistrement exténuant au Strawberry Studios, le doute plane constamment.
Kevin Godley, l’un des piliers créatifs du groupe, s’emporte même un jour en lâchant : « Laissez tomber ce morceau, c’est de la merde ! » Heureusement, ses camarades s’obstinent. Il manque pourtant un détail crucial au milieu du morceau : une voix douce et enfantine pour susurrer la célèbre phrase « Be Quiet, Big Boys Don’t Cry ».
Par un heureux concours de circonstances, la secrétaire du studio, Kathy Redfern, pousse la porte au beau milieu d’une session : « Eric Stewart, désolé de vous déranger. Il y a un appel téléphonique pour vous ».
Séduit par le timbre cristallin de la réceptionniste, Eric Stewart lui propose immédiatement de passer derrière le micro pour enregistrer la fameuse réplique, ce qu’elle accepte avec enthousiasme. Un clin d’œil du destin puisque ces quelques mots inspireront plus tard directement le nom du groupe des années 1980 Boys Don’t Cry.
Parue sur l’album The Original Soundtrack, cette fresque pop hypnotique s’impose rapidement comme un chef-d’œuvre intemporel. En 1995, le groupe 10CC se prête d’ailleurs au jeu d’une relecture intimiste en enregistrant une version acoustique de ce classique indémodable.
Quant au nom énigmatique du groupe, 10CC, il cache une provocation typique de l’humour britannique de l’époque. C’est la traduction littérale d’une expression américaine, « 10 cubic centimeters », qui désignerait prétendument la quantité moyenne de sperme éjaculée par un homme lors d’un rapport, surpassant la moyenne biologique habituelle.
Une signature décalée pour un groupe qui n’a jamais eu peur de repousser les limites, ni en studio ni en dehors.



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