Comme ils disent
Fiche technique
- Sortie
- 1972
- Référence
- BARCLAY - 61.688
- Paroles et musique
- Charles Aznavour
- Enregistrement
- aux Studios Barclay à Paris
- Chant
- Charles Aznavour
- Orchestre et arrangements
- Christian Gaubert
- Ingénieur du son
- Claude Achallé
- Producteur
- Richard Marsan
- Photographe
- Pietro Pascuttini
Au début de l’année 1973, un 45 tours bouscule le paysage musical français et provoque une véritable révolution. Avec Comme ils disent, Charles Aznavour ose s’emparer d’un sujet encore lourdement tabou : l’homosexualité. Le chanteur franco-arménien se dresse ainsi contre la discrimination qui fixe alors la majorité sexuelle à quinze ans pour les hétérosexuels et à vingt et un ans pour les homosexuels, devenant le tout premier à aborder ce thème et à chanter à la première personne la vie d’un homme gay. Pourtant, avant de rencontrer un immense succès, le projet suscite de vives inquiétudes. À l’époque, l’entourage de l’artiste se montre plus que mitigé face à cette audace. Son impresario, sceptique et inquiet pour sa carrière, lui lance : « Mais tu vas la donner à qui ? ». Ce à quoi Charles Aznavour répond du tac au tac : « Ben, moi ! ».
Pour donner vie à ce texte poignant, l’artiste hétérosexuel s’appuie sur le cercle qu’il côtoie, fréquentant de nombreuses personnalités homosexuelles telles que Jean Cocteau, Jean-Claude Brialy, Jacques Chazot ou encore Thierry Le Luron. Il s’inspire plus particulièrement d’un de ses proches prénommés Androuchka, qui est son secrétaire, chauffeur et ami, qu’il loge chez lui avec sa chatte et qu’il avait observé un jour en train de fumer, tenant sa cigarette d’une façon particulièrement efféminée. C’est d’ailleurs auprès d’un groupe d’amis gays que Charles Aznavour joue la composition pour la toute première fois. À ce moment précis, l’auditoire reste un instant perplexe, pensant qu’il vient de faire son coming-out. Mais le chanteur va bel et bien au bout de son idée.
Portée par une écriture juste et respectueuse, Comme ils disent s’impose rapidement comme un manifeste vibrant à la liberté d’aimer, quel que soit son sexe. Dans ce récit, le choix de situer l’action relève d’une trouvaille géographique : la fameuse rue Sarasate, mentionnée dans les paroles, a simplement été dénichée par Charles Aznavour sur un plan de Paris. Située dans le 15e arrondissement, elle offrait en prime une rime parfaite avec le mot chatte. Avant d’inonder les ondes au début de l’année 1973, ce titre paraît d’abord en juillet 1972 sur le 23e album studio de Charles Aznavour, un 33 tours intitulé Idiote Je T’Aime…
L’impact de l’œuvre ne tarde pas à franchir les cercles du public pour atteindre ses pairs. Quelques semaines seulement après la sortie du disque, l’album et le single se vendent à plusieurs milliers d’exemplaires, tandis qu’un autre grand nom de la chanson française, Charles Trenet, confie avec admiration à Charles Aznavour : « J’aurais aimé écrire cette chanson ». Témoin de la portée universelle du morceau, Charles Aznavour l’enregistrera également en anglais sous le titre What Makes a Man, portant ce plaidoyer pour la tolérance bien au-delà de nos frontières.




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