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CAT STEVENS

Father and son

Le disque

Fiche technique

Sortie
août 1970
Référence
ISLAND RECORDS - 6014.035
Paroles et musique
Cat Stvens
Enregistrement
en 1970 aux Studios Olympic de Londres, en Angleterre
Chant et guitare
Cat Stevens
Guitare et chœurs
Alun Davies
Batterie
Harvey Burns
Producteur
Paul Samwell-Smith
Photographe
Shepard Sherbell
Les coulisses de : Father and son

Tout commence par une fresque avortée. Initialement, Cat Stevens imagine Father and Son pour les besoins de Revolussia, un ambitieux projet musical mené aux côtés de Nigel Hawthorne.

L’intrigue, ancrée dans le tumulte de la Révolution russe, met en scène un jeune homme déterminé à prendre part au soulèvement, s’opposant farouchement aux mises en garde de son père, un simple fermier. Lorsque ce spectacle tombe finalement à l’eau, Cat Stevens choisit de recycler la substance dramatique de son livret.

Il redessine les contours du texte pour en faire une conversation universelle : d’un côté, un fils assoiffé d’émancipation ; de l’autre, un père incapable de saisir les aspirations de sa progéniture. Sous cette apparente fiction se cache une résonance intime.

Ce morceau dresse en creux un parallèle saisissant avec la propre relation qu’entretenait Cat Stevens avec son père. Ce dernier, tenancier d’un restaurant, caressait le secret espoir de voir son fils reprendre le flambeau familial avant de se résoudre, avec bienveillance, à le laisser tracer sa propre route artistique.

Portée par ce vécu, la session d’enregistrement s’ouvre en juillet 1970 aux studios Olympic de Londres, en Angleterre. Pour donner vie au duel générationnel, Cat Stevens fait preuve d’une formidable audace vocale : il module son timbre, s’élevant dans les aigus lorsqu’il incarne le jeune homme, et l’assombrissant dans les graves pour prêter sa voix au patriarche.

Cat Stevens est fidèlement épaulé par son complice de toujours, le guitariste Alun Davies, qui enrichit la texture acoustique du morceau tout en assurant les chœurs. Ce 45 tours s’apprête alors à conquérir le public dès août 1970, d’abord aux États-Unis.

L’écho de cette tragédie intime traverse rapidement les frontières. Quelques semaines plus tard à peine, l’œuvre est adaptée en français par Vline Buggy sous le titre On n’est jamais assez heureux, et confiée à la voix de Georges Guétary.

Les décennies passent, mais la puissance émotionnelle de cette chanson demeure intacte, quitte à raviver parfois de vieux débats. En 2001, Cat Stevens – converti entre-temps à l’islam et désormais connu sous le nom de Yusuf Islam – oppose ainsi un veto catégorique à l’utilisation de Father and Son dans la bande originale du film Moulin Rouge.

Il estime alors que l’intrigue et l’esprit du long-métrage entrent en contradiction directe avec ses convictions religieuses, confirmant à quel point le musicien est resté intransigeant quant à la portée morale de son répertoire.

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